Skip to Content

Home Page ONE ANTENNA in MULTI HOME PAGE 1 category

Cinéma tchadien, une nouvelle vague ?

CINÉMA – INSTITUT FRANÇAIS DU TCHAD
L’institut français du Tchad a consacré une partie du premier semestre 2013 à mener plusieurs projets autour du cinéma au Tchad. Cette réflexion s’est organisée avec l’ensemble des professionnels tchadiens et l’éclairage de Thierry Michel, réalisateur Belge, invité à N’Djaména au cours de 3 sessions de formation d’une dizaine de jours autour de :
1- La production d’une exposition sur le cinéma tchadien et africain,
2- L’organisation d’un grand débat intitulé Cinéma tchadien, une nouvelle vague? suivi d’un cycle de conférences sur les « métiers du cinéma »,
3- L’organisation d’une formation d’une année dirigée par Thierry Michel qui a permis la production de 3 films de jeunes réalisateurs tchadiens qui seront finalisés d’ici la fin du mois de juin 2013,
4- La coorganisation de Deux festivals coproduits par la délégation européenne, l’ambassade d’Allemagne, le cinéma Normandie et l’Institut français du Tchad.
5- Une programmation conjointe, au total 65 séances au Normandie (hors programmation commerciale du cinéma), à l’Institut français et dans les maisons de quartier.

•1- L’exposition
À partir de l’exposition Grandes figures des cinémas d’Afrique produite par la cinémathèque Afrique, nous avons présenté un important volet tchadien absent de l’exposition initiale. Le commissariat de ce second volet a été confié à un collectif de professionnels réunis par l’Ift : Serge Coelo, réalisateur et directeur du Normandie ; Ismaël Ben Chérif, réalisateur et ancien directeur de l’Onrtv ; Zara Mahamat Yacoub, réalisatrice ; Youssouf Djaro, comédien (l’Homme qui crie d’Haroun) ; Aboubakar Sow, réalisateur et porteur d’un projet de cinéma ambulant, Cyril Danina, réalisateur (représentant le collectif des jeunes réalisateurs travaillant sous la direction de Thierry Michel tout au long de la saison 2012/2013). L’exposition a donc été enrichie des portraits photographiques de tous les réalisateurs tchadiens ainsi que des principaux comédiens (réalisés par les photographes Abdoulaye Barry et Salma Khalil), des archives de production des principaux films ainsi que tous les trophés remportés par le film d’Haroun Un Homme qui crie et ceux attribués au comédien Youssouf Djaro. Au total : 9 567 visiteurs.
Tous les films tchadiens, depuis Édouard Sailly, Le 3 ème jour /1967 (dont la cinémathèque Afrique a assuré la restauration pour cette occasion) ont été présentés chaque jour dans le cadre de l’exposition à l’Institut français du Tchad et repris dans une programmation associée au cinéma Normandie. Au total 14 films et séances, 660 spectateurs.
•2- Grand débat et rencontres professionnelles :
Le Grand Débat intitulé : Le cinéma tchadien : Une nouvelle vague ? a permis de réunir pour la première fois tous les professionnels du cinéma tchadien pour un travail de recherches historiques mais aussi pour aborder ensemble les problèmatiques du devenir du cinéma tchadien. Si l’enthousiasme a été immense, il serait vain de parler d’une véritable nouvelle dynamique. Certes, le prix en 2010 à Cannes du film L’Homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun a largement contribué à booster le secteur. Une très belle salle de 450 places a été réhabilitée placée sous la direction d’un réalisateur tchadien : Serge Coelo. Elle propose une programmation qui permet de découvrir le plus souvent une dizaine de films différents chaque semaine, la moitié en reprises des semaines précédentes, l’autre moitié en nouveautés. C’est l’une des plus belles salles de l’Afrique centrale mais son économie repose en très grande partie sur le fait qu’il s’agit d’un équipement d’État réhabilité sous l’impulsion directe du Président de la République ; ses recettes de billetterie sont extrèmement minces. Les intervenants ont regretté que les tchadiens ignoraient leur cinéma. Le comédien Youssouf Djaro s’est affligé qu’aucun média tchadien n’ait porté la moindre attention aux films dans lesquels il avait tourné ni aux nombreuses distinctions obtenues. Il partait quelques jours plus tard à Marseille pour un très beau rôle dans le prochain film de Robert Guédiguan et – pour la première – fois une conférence de presse a pu être organisée dans le cadre de cette manifestation. Plusieurs journalistes s’étonnaient même qu’il était tchadien et vivait au quotidien à N’Djaména…
Aujourd’hui, on se félicite cependant que l’Onrtv vienne de dépêcher une équipe de télévision pour la réalisation d’un film documentaire sur le cinéma au Tchad à travers un portrait d’Haroun. Le film est en cours de tournage.
Sur les questions de formation et notamment le projet d’une école, les avis sont très partagés entre vision généreuse et ambitieuse d’un côté et pragmatisme sceptique et réprobateur de l’autre. Très peu de professionnels au Tchad, aucun moyen de production, pas de formation dans le domaine des arts dans quelque discipline que ce soit. La création d’une école semble une chimère.
Ils ont, en revanche, su transmettre avec passion leurs métiers lors des conférences. Six rencontres ont permis d’inviter le public à la découverte des différents métiers du cinéma : Production, Réalisation et écriture, Image, Décor, Son. Ateliers chaque fois complets.
•3- Ateliers et formations :
L’année dernière, en mai 2012, à l’occasion du festival organisé avec l’ambassade d’Allemagne La Berlinale, Serge Coelo a réuni une quinzaine de jeunes réalisateurs de films documentaires de création pour travailler avec des réalisateurs allemands invités par l’ambassade d’Allemagne dans le cadre du festival.
Ces séminaires lancés lors de la Berlinale 2012 ont amené la délégation européenne, l’ambassade de France avec la complicité de l’ambassade d’Allemagne à soutenir un projet du GRET pour la mise en place d’un atelier sous la direction de Thierry Michel sur le thème des droits de l’Homme, conduisant à la production de 3 films (dont l’engagement politique pose aujourd’hui de nombreux problèmes de diffusion)… Le dernier cycle de formation de cet atelier s’est achevé le 6 juin dernier avec Thierry Michel. Il a aujourd’hui conduit les bénéficiaires à constituer un collectif constitué en association et destiné à devenir un outil de production. Même extrêment modeste, cette association constitue un point de départ intéressant pour soutenir la réalisation de films et pouvoir présenter des candidatures aux aides internationales en faveur du cinéma africain. Deux de ces réalisateurs ont déjà eu des commandes, notamment de l’Institut français, pour la réalisation de documentaires (Les artistes tchadiens à l’international, Génèse d’un balafon, Ganoun). Enfin, le jeune réalisateur Cyril Danina s’est fait remarquer et participe désormais régulièrement aux formations et concours internationaux menés en Afrique.
•4- La coorganisation de deux festivals :
Le cinéma Euro-africain coproduit par l’Union européenne, le cinéma Normandie et l’IFT. La Berlinale coproduite par l’ambassade d’Allemagne, le cinéma Normandie et l’IFT qui commencera début juillet et clôturera la saison.
Le cinéma Euro-africain connaît un large succès amplifié par une délocalisation des films dans les quartiers de N’Djaména. En effet, que ce soit au Normandie comme à l’Institut français, la fréquentation de la salle est très fluctuante malgré la qualité des programmations. Aller au cinéma ne fait pas partie des pratiques usuelles de loisir ou de culture : Barrière financière au Normandie (les projections sont gratuites à l’ift) et surtout la difficulté de pouvoir se déplacer après 20h00. En revanche la fréquentation des projections de films dans les quartiers connaît un engouement certain. Jamais moins de 150 spectateurs. Une programmation très commerciale dont le droit d’entrée n’excède jamais 500 Fcfa (1000 et 2000 le weekend au Normandie).
Lors du festival Euro-africain, la délocalisation des films dans les quartiers a rencontré un franc succès en terme de fréquentation ; jamais moins de 150 à 200 personnes. Les projections étaient gratuites. Régulièrement, l’Institut français travaille à la délocalisation de ses projections surtout quand il s’agit de films produits par des cinéastes tchadiens. Pour le lancement du film Fatou et l’esclavage moderne (pendant la semaine des droits de l’Homme) de Pepiang Toufdy, tchadien vivant en France, le Normandie et l’Ift se sont associés sur des projections dans les quartiers à l’issue desquelles étaient organisées des rencontres et débats avec le réalisateur et les comédiens.
•5- Une programmation conjointe
Les programmations conjointes avec le Normandie permettent de diversifier les horaires de programmation. En journée, les séances à 16h30 à l’Institut remporte un réel succès. Par ailleurs, ce travail conjoint assure une meilleure circulation des publics entre les deux salles. Surtout, il est évident que nous devons, ensemble, trouver les moyens de péréniser les projections délocalisées dans les quartiers. La conquête de nouveaux publics cinéphiles passe par une programmation au plus près des populations. L’Institut français, avec la Ville de N’Djaména, a mis en oeuvre un vaste chantier intitulé « Mutations et liaisons urbaines » qui a pour objectif de préfigurer ce que pourrait être une politique culturelle de la ville. Des équipes artistiques (pour l’heure : 2 compagnies de théâtre, 5 chorégraphes et une équipe de 8 photographes) sont immergées dans les quartiers et travaillent avec les populations sur le thème d’une ville en mouvement. Nous avons associé à ce programme un projet de cinéma numérique ambulant porté par un jeune réalisateur tchadien Aboubakar Sow qui a rejoint les autres équipes artistiques lors d’une première restitution le 20 juin dernier à l’occasion d’un atelier photographie et vidéos dirigé par l’équipe nigérianne des Invisible Borders. Ce projet prévoit non seulement la programmation de films documentaires et de fictions mais aussi la réalisation de films courts sur le travail des artistes immergés et de leurs rencontres avec les populations.
Avec plus de 9 500 visiteurs de l’exposition et 3 214 spectateurs (sur les mois de mars, avril, mai) aux projections à la fois au Normandie, à l’Institut français et dans les quartiers lors du festival euro-africain, ce consortium de partenaires associés a révélé la nécessité de mettre en place un dispositif de travail permanent autour d’un renforcement de nos politiques autour des questions de formation et d’invitations des publics.
– Poursuivre la mise en oeuvre d’ateliers de formation autour de l’image vidéo plus largement et en lien avec la programmation de l’Institut français (dernier atelier avec les Invisibe Borders en juin).
– Encourager, avec la Délégation européenne et le cinéma Normandie, la circulation permanente d’un cinéma de qualité dans les quartiers au plus proche des populations qui ne peuvent se déplacer à l’Ift comme au Normandie. Soutien à un projet de cinéma numérique ambulant en association à un projet plus large intitulé « Mutations et liaisons urbaines » en préfiguration d’une politique culturelle de la ville de N’Djaména.

Patrick Giraudo