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Art et Économie / Salon des Arts Appliqués et de l’Entrepreneuriat

 

La thématique « Art et économie » mise en place par l’Institut français du Tchad – désormais lors de chaque rentrée de saison – a pour objectif d’explorer tous les liens possibles entre une démarche de créateur et la commercialisation de ses oeuvres ou de ses produits.
En octobre, nous avons accueilli le collectif Kélou Fashion pour la deuxième édition de la quinzaine de la mode et du stylisme, nous avons présenté – du 11 au 21 décembre 2013 – la deuxième édition du salon des arts appliqués et de l’entrepreneuriat.
 
Le salon, c’était plus d’une centaine d’artisans et d’entrepreneurs réunis dans les jardins de l’Institut français, le double de l’année passée. Pour découvir, acheter et offir leur production mais aussi s’interroger sur les questions de la transmission de leur savoir-faire et de la commercialisation pérenne de leurs produits après l’organisation du salon. À l’inverse des rencontres autour du stylisme qui se sont organisées autour d’un collectif de créateur regroupés sous le nom de « Kelou Fashion », les artisans du salon des arts appliqués et de l’entrepreneuriat n’ont pas encore trouvé les moyens de se rassembler afin de porter eux- même l’événement qui est resté en 2013 l’initiative de l’Institut français du Tchad. Cette question s’explique par la disparité des secteurs professionnels concernés d’une part et l’absence d’opérateurs économiques capables de coordonner la manifestation d’autre part.

Pourquoi les savoir-faire des tchadiens sont aussi nombreux que peu visibles ?
Le Salon des arts appliqués et de l’entrepreneuriat doit conduire les artisans et surtout les étudiants tchadiens dans le domaine des sciences commerciales à se poser la question de l’innovation en matière de création d’entreprises destinées à organiser le commerce des savoir-faire des artisans pour une renaissance de la consommation des produits tchadiens. Ce vaste chantier est notamment ouvert avec la jeune chambre économique du Tchad pour comprendre ce que peut-être l’Art d’entreprendre au Tchad.
Identifier les produits tchadiens susceptibles de pouvoir bénéficier d’une distribution au moins nationale, améliorer la production, concevoir le conditionnement ou le packaging, organiser le transport, identifier les cibles de clientèles potentielles, diffuser et distribuer les produits : C’est toute la chaîne commerciale qui est interrogée. L’enjeu concerne bien sûr les artisans mais surtout les futurs professionnels de ce commerce.
Aujourd’hui, le Grand marché vend en majorité des produits d’importation, les grandes épiceries d’alimentation également.
Pourquoi les savoir-faire des tchadiens sont aussi nombreux que peu visibles ?
Autant de savoir-faire très vivants mais cachés dans les arrières boutiques où la diffusion devient si difficile qu’on abandonne parfois la production.

Est-ce que la modernité est seulement la consommation de produits venus d’ailleurs ?
Pourquoi la modernité ne serait-elle pas aussi entre les mains des artisans et entrepreneurs du Tchad ?

Ces rencontres s’articulaient autour de 3 pôles :

Une exposition photographique d’Abdoulaye Barry, Galerie d’exposition.

Barry, photographe tchadien lauréat des rencontres photographique de Bamako en 2009 a observé – dans le cadre du projet Mutations urbaines – les différents secteurs d’activité artisanale qui compose une géographie économique de la ville. Il a saisi les gestes et les lieux de production de ces milliers d’hommes et de femmes qui forment à eux tous, le conservatoire des savoir-faire tchadiens. Sa démarche de création propose une nouvelle lecture revalorisant le travail manuel, une image culturelle et positive génératrice de revenus.

Le salon des arts appliqués et de l’entrepreneuriat proprement-dit était installé dans les jardins, comme l’année passée mais très largement agrandi après le succès de 2012. Objets décoratifs, linge de maison, vêtements, objets fonctionnels artisanaux de la vie quotidienne, on retrouvait, bien sûr, les femmes de Gaoui, mais aussi les fabriquants de Ganouns, les musiciens qui sont aussi les facteurs de leur instrument de musique, les maroquiniers, tanneurs, bijoutiers, fabricants de peluches et de jouets, des relieurs et sculpteurs, les cuisines des mondes d’Afrique et beaucoup de femmes venues de tout le territoire grâce à la Céliaf et Atosa pour les produits transformés.

Un programme de rencontres/Débats et démonstrations des artisans a permis en continu, chaque jour de 10h00 à 18h00 et 19h30 les soirs de spectacles, de voir les artisans travailler et de discuter sur les enjeux de la promotion du commerce des savoir-faire tchadiens. Le salon s’est refermé sur un grand débat le samedi 21, qui interrogeait avec humour, autodérision et beaucoup de pertinence, l’ensemble des organisations professionnelles sur les difficultés d’entreprendre. Djondandi Taitouin, sociologue et directeur de l’Institut polytechnique et industriel, a construit son intervention, provocatrice et remarquée, sur la question suivante : « Comment peut-on expliquer l’absence d’envie de vaincre des Tchadiens quand il s’agit d’entreprendre alors qu’elle est très présente dans les confrontations sans véritables enjeux ? ».

L’ensemble de la manifestation a été co-organisée avec la Céliaf, Atosa, La Jeune Chambre Économique du Tchad (JCI Tchad), le Centre de l’Artisanat, le Ministère du tourisme et le Collectif des artisans du Tchad.

Mettre en valeur seulement les savoir-faire des artistes et artisans dans le domaine des arts appliqués ne suffit pas. La valorisation de ces métiers et les questions de leur transmission passent nécessairement par une réflexion sur les marchés potentiels et la création de structures professionnelles qui assureront les réseaux de diffusion et de distribution des produits.
Entre la première édition de 2012 et celle de décembre 2013, notons deux structurations professionnelles intéressantes :
– D’une part la naissance du « collectif des artisans tchadiens » qui s’est réuni à l’issue de la première édition. L’IFT ambitionnait le projet qu’ils organisent eux-même la deuxième édition. Mais il était trop tôt. Ce collectif a concentré son énergie autour du regroupement de ses artisans pour l’ouverture d’un lieu de diffusion partagé et le regroupement de quelques unités de production artisanale. Le siège de ce collectif, qui a ouvert ses portes en septembre 2013, est situé à proximité de la librairie la Source dans le quartier Kabalaye. Il est désormais ouvert à sa clientèle potentielle en permanence.
– D’autre part, en mars 2013, l’association ATOSA regroupant des artisans dans le domaine de la fabrication de produits transformés agroalimentaires et cosmétiques a présenté un projet à l’union européenne pour la professionnalisation du conditionnement, du transport, de la distribution et de la diffusion des produits sur le territoire national. Elle a obtenu 300 000 euros fin novembre.
Il manque toujours une coordination entre ces différents co-organisateurs pour travailler à la 3 ème édtion en décembre 2014. Nous espérons pouvoir y parvenir en cours d’année.
 
Patrick Giraudo