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Tomber(z) les murs

Le contexte

Le projet Tomber(z) les murs s’inscrit dans un programme plus large de résidences d’artistes tchadiens immergés dans l’espace public. Ce programme a été initié en 2013 sur « le fonds social de développement ». Les équipes artistiques tchadiennes ont été sélectionnées sur appel à projet. L’objectif de l’immersion de ces artistes est de renouer les dialogues entre des populations qui ne vivent plus ensemble. En effet, N’Djamena est le ventre d’une nation pluri-ethnique, pluri-religieuse qui se nourrit des identités particulières de chaque groupe de population qui en fait l’essence. Mais une ville où les guerres civiles, les inimitiés instrumentalisées ont durablement installé une incommunicabilité entre les peuples. Une situation qui n’est cependant pas historique ou culturelle mais héritée des conflits de 1979. Avant cette période chacun s’accorde à penser que le partage entre les quartiers sud et nord était une réalité aujourd’hui perdue.

Ces résidences d’artistes tchadiens sont jalonnées d’invitations d’équipes artistiques internationales qui permettent d’une part d’apprécier, accompagner et corriger les orientations des projets. Ces équipes apportent une expertise étrangère sur la professionnalisation de ces artistes. D’autre part, elles permettent d’imaginer des extensions internationales aux projets et assurent une diffusion des travaux entrepris en Europe. C’est notamment sur ce volet que « le fonds culturel franco-allemand » est intervenu.

 

Introduction du projet Tomber(z) les murs

Dans ce contexte, le projet Tomber(z) les murs avait pour ambition de confronter deux méthodologies d’approche photographique comme moyen de rencontre et de dialogue entre les peuples et de professionnaliser les photographes tchadiens ; d’établir des liens de « tutorat » ou plutôt de « compagnonnage » entre les équipes française, allemande et tchadienne ; et imaginer, notamment, comment mettre en place une agence de photographes d’auteurs pouvant constituer un service de presse photographique tchadien capable de répondre à des commandes de l’étranger.

La coopération allemande et la coopération française au Tchad travaillent depuis longtemps ensemble sur plusieurs axes : cinéma, expositions et conférences. À l’occasion du 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, nous étions sensibles à l’effet de miroir entre Berlin et N’Djaména, mur visible et mur invisible qui divisent les peuples et les quartiers à N’Djaména.

Les étapes du projet ont été les suivantes :

  1. Le choix des équipes artistiques internationales et le renforcement du collectif de photographes tchadiens
  2. Les travaux en résidences et les projets de valorisation à N’Djaména
  3. Les projets de valorisation en France et en Allemagne.
  4. L’avenir du projet

 

  1. Le renforcement du collectif de photographes tchadiens et le choix des équipes artistiques internationales

 

En 2013, Sous la direction d’Abdoulaye Barry (Lauréat des rencontres photographiques de Bamako 2009), quatre photographes commencent un travail de lecture et de décryptage des histoires des peuples vivant à N’djaména. Les interrogeant, restituant des tranches de vie, exposant leurs travaux dans les espaces publics. Fin 2013, ils répondent à un appel à projet du fonds social de développement et présentent avec des équipes de théâtre, le premier travail d’intervention dans l’espace public associant les populations et se positionnant comme des auteurs publics au sens « d’écrivain » public, prêtant leur art au service des populations pour révéler leur vie. Ils sont immergés dans l’espace public pendant 14 mois.

Les coopérations française et allemande décident de s’unir pour permettre à ces photographes de poursuivre un apprentissage avec l’invitation de photographes étrangers : Olivier Pasquiers et Maurice Weiss. L’un et l’autre sont cofondateurs de collectifs de photographes à Berlin, l’agence Östkreuz ; à Paris, la Galerie du Bar Floréal. Les deux collectifs poursuivent un engagement de rencontres avec des populations fragiles, en quête d’identité et mettent leur art au service d’une reconquête de la dignité. L’agence Östkreutz à Berlin a été fondée dans l’esprit de réunir des photographes des ex RFA/RDA en vue d’une rencontre introspective de peuples réunifiés.

 

  1. Les travaux en résidences et les projets de valorisation à N’Djaména

 

La première résidence est celle d’Olivier Pasquiers. Il présente, à l’occasion de sa venue, une exposition « Je m’appelle Ndjamena » elle-même le fruit d’une résidence de l’artiste André Lejarre du Bar Floréal venu l’année précédente dans ce même cadre de l’Observatoire de l’imaginaire national.

Première étape de la rencontre sur le thème de la reconstruction de la ville à partir des photographies réalisées avec le collectif tchadien. Son séjour de 3 semaines l’immerge avec les équipes tchadiennes. Très vite, le collectif tchadien se révèle être indispensable dans cette itinérance et confirme l’idée de l’accompagner dans la création d’une structure capable d’épauler des journalistes de presse internationaux avant même de pouvoir, elle-même, couvrir les événements.

En mars, Maurice Weiss arrive à son tour. Il présente une exposition sur la chute du mur de Berlin en miroir au travail qu’il vient entreprendre à N’Djaména. L’exposition est intitulée Tomber(z) les murs. Très vite, il lui semble important de quitter le monde des images de la rue pour confronter ces travaux antérieures à la réalité des institutions de l’État. N’Djaména est une ville chaotique qui grandit avec l’ambition de devenir « la vitrine de l’Afrique ». Cette dualité lui apparaît comme une évidence alors qu’elle n’a pas encore été traitée par les autres artistes : regards croisés sur les contrastes d’une ville qui se donne à voir entre pauvreté et modernité, entre sable et goudron, potopoto (briques en terre) et béton, concessions et immeubles, intimité et cosmopolitisme, fragilité et orgueil. Il oriente les artistes tchadiens dans cette direction et trace la sienne sur un sujet compliqué au Tchad, à la veille de l’ouverture du procès d’Hissein Habré : l’Institution judiciaire. Il réalise alors un très beau travail qui donnera le rythme au livre N’Djaména Tchad où l’institution judiciaire règne en contrejour sur un monde qui tente de se construire et se défait pourtant. Malgré la difficulté du sujet, le gouvernement donnera son autorisation à la publication de l’ensemble des images. C’est le premier ouvrage de ce type publié au Tchad. Il est édité par les éditions Créaphis, sa coordination et sa conception est assurée par l’atelier Nous travaillons ensemble à Paris.

 

À l’issue des deux périodes de travail en résidence, le collectif tchadien poursuit son travail d’itinérance dans les quartiers et présente dans l’espace public des discussions entre élus, habitants et équipes artistiques selon le calendrier suivant :

Du 25 au 28 mars 2014 : Journées d’études « VIVRE EN CAPITALE ». Le projet Tomber(z) les murs étant l’un des dispositifs de ce programme d’artistes immergés dans l’espace public.

Samedi 29 mars : colloque public, restitution des journées d’étude et des travaux des résidences au Centre Al Mouna.

Restitution dans les quartiers avec les compagnies de théâtre, itinérance des expositions de photos du collectif photocamps d’un quartier à l’autre : Mercredis 14 et 21 mai au quartier Paris Congo ; mercredis 18 et 25 juin au quartier Sabangali ; mercredi 24 septembre au quartier Farcha ; mercredi 1er octobre au quartier Walia ; samedi 25 octobre au quartier Amriguébé ; mercredi 29 octobre au quartier Sabangali. Chacune de ces rencontres s’articulait autour de la restitution du Théâtre Forum, d’un débat d’idées mené par le Centre Al Mouna sous la direction du sociologue Olivier Guirianan qui a modéré les journées d’études de mars. Chaque fois, les sites de restitution présentaient une exposition photographique sur cimaises transportables et permanentes pour celles qui ont été aménagées sur le site de Chagoua dans le cadre d’un projet de requalification urbaine mené avec le concours de l’Institut français : Liaisons urbaines.  L’ensemble de ce volet du projet a été financé par « le fonds social de développement » associé au Centre Al Mouna.

 

  1. Les projets de valorisation en France et en Allemagne

 

La Cité de l’architecture – Palais de Chaillot/Paris

Associée à l’Institut français/Paris, la cité de l’architecture a organisé le 3 octobre 2014, un colloque consacré aux photographes, gens de théâtre et architectes sur la manière de repenser un espace urbain concerté entre les tous nouveaux élus, les habitants, les usagers et les artistes: Projets Mutations urbaines et Tomber(z) les murs associés à Liaisons urbaines sur la requalification architecturale de la place à vivre de Chagoua à Ndjamena.

La mairie de Ndjamena est partenaire de ces projets depuis les origines (février 2013) ; elle était invitée au colloque à Paris. 3 équipes artistiques représentaient au total plus d’une cinquantaine d’artistes qui travaillent au quotidien dans l’espace public grâce, notamment, au « Fonds social de développement » qui a financé une équipe de photographes (16) sous la direction d’Abdoulaye Barry (lauréat des rencontres de Bamako 2009), de théâtre (6) sous la direction de Bonaventure Madjitoubangar, de danseurs et chorégraphes (20) sous la direction de Taïgué, de conteurs (17, le collectif COCOTITI), de plasticiens (2 : Maxime Ganza et Éric Tak) et un réalisateur (Nagriam Yohoyam).

Le colloque à rassemblé 150 personnes, pour la plupart professionnels des questions de définitions d’espaces architecturaux en Afrique. Il était présidé par Guy Amsellem, Président de la cité de l’architecture.

 

La Galerie du Bar Floréal – Paris, le Centre français de Berlin

La galerie du Bar Floréal à Paris et le Centre français de Berlin associé à l’institut français de Berlin ont présenté une exposition consacrée aux programmes de résidences croisées Tomber(z) les murs entre photographes internationaux (Olivier Pasquiers-F, Invisible Borders-Nigéria, Maurice Weiss-D) et photographes tchadiens (Abdoulaye Barry, Abdoulaye Abba Abdoulaye, Amin Souleymane, Bicrabé Bantola, Innocent Djimyenan, Sylvain Dillah, Kram-Ral Narabaye, Éric Dionmadji Mbaiam, Mahamoud Ali Ahmat Bello, Ngatile Ronelbé, Salma Khalil, Yahya Abakoutou Morazi, Souleymane Idriss, Bachir Komeng, Voundimaisou Zonwarna, Nadji ). Deux des photographes tchadiens ont été invités à Paris. L’exposition est intitulée, comme le livre publié au même moment Ndjamena, Tchad : Le livre, l’exposition. Elle a été présentée à Paris du 18 septembre au 4 octobre 2014, à Berlin du 28 janvier au 28 février 2015 et à Ndjamena du 18 mars au 10 avril 2015. Le livre et l’exposition ouvrent les cérémonies de la semaine de la francophonie à N’Djaména. Le livre est édité à 1000 exemplaires aux éditions Créaphis, partenaire du projet. Il est diffusé dans les librairies en France depuis janvier 2015.

 

  1. L’avenir du projet

 

L’institut français du Tchad a organisé des journées d’études consacrées à l’ensemble de ce programme d’artistes immergés dans l’espace public (VIVRE EN CAPITALE), toute discipline confondue. Le projet Tomber(z) les murs en était une composante forte. Une demi-journée lui a été consacrée dans le cadre de ce forum le mardi 25 mars 2014.

Ces journées, à l’invitation de l’Ambassadrice de France et du Maire de N’Djaména, étaient associées à l’inauguration de la place de Chagoua du 25 au 29 mars 2014, autour d’une forme festivalière destinée à présenter des spectacles et les expositions photos dans l’espace public. Ces journées étaient conçues comme une étape de réflexion pour faire une première synthèse des travaux menés par les équipes artistiques immergées dans l’espace public et imaginer comment la requalification de la place à vivre de Chagoua peut constituer un lieu de convivialité sociale et culturelle au service des populations et des artistes.

Pour comprendre comment poursuivre ces deux axes du projet : résidences immergées et requalification d’espaces publics, l’IFT proposait d’associer aux réflexions des équipes, des experts venus d’Europe, dont Maurice Weiss et d’autres pays africains qui nous ont éclairé d’expériences similaires menées dans leur pays respectifs (voir lien VIVRE EN CAPITALE).

Le collectif de photographes tchadiens est invité à poursuivre son travail en 2015 dans le cadre d’un nouveau cycle de résidences d’artistes immergés : Théâtre et urbanité.

Enfin, les 3 collectifs français, allemand et tchadien se sont associés en vue de créer une agence de presse photographique à N’Djaména. Leur première commande leur a permis d’accompagner Natacha Tatu, journaliste du Nouvel Obs venue travailler sur les réfugiés nigérians de Boko Haram sur le lac Tchad. Le collectif de photographe se prépare à l’écriture d’un nouveau projet qui candidatera au prochain FSD en début d’année 2016 sur la question de l’organisation et de la diffusion de la presse par le biais de la photographie et du graphisme dans les espaces publics. Il associera des journalistes et des graphistes.