Ahmed Taigue étudie la relation entre un père et son enfant. Il a grandi sans père. Ce dernier travaillait comme chauffeur. Suite à un accident, il a démissionné pour devenir peintre en bâtiment. Un père courageux qui cherchait sans cesse du travail pour nourrir ses onze enfants, un père désespéré, dépassé par le coût de la vie, un père fort et fragile qui avait aussi besoin qu’on fasse attention à lui.

Dans les générations d’aujoud’hui, Taigue constate l’absence du père dans le quotidien, dans les ménages et dans l’éducation des enfants. La plupart des jeunes de N’Djamena qui se trouvent sans père deviennent des enfants de la rue. Ils sont exposés à tous les dangers, sont exploités pour travailler dur. Certains traînent dans des bars pour quémander de l’argent et finissent alcooliques ; d’autres s’enrôlent dans l’armée en espérant devenir fort et riche ou tout simplement pour se venger des douleurs que la vie leur a réservé, en les infligeant à leurs concitoyens.

Beaucoup de jeunes n’ont pas le droit d’être un enfant. Ils ne peuvent pas se mettre sous les ailes de leur père. Ils n’ont pas de refuge où ils peuvent discuter de questions autour de la masculinité. Ils n’ont pas de père qui pourrait s’estimer fier d’eux. Ils n’ont pas de guide.

Après son solo «Crache mon histoire» qui était une pièce autobiographique, Taigue, cette fois-ci, est en duo avec Jamal Noudjingar. Ils se frottent, s’écoutent, se parlent, se regardent pour aller dans la profondeur d’eux-mêmes afin d’épuiser tous les mouvements et confronter deux corps différents sur un même espace avec un sujet sensible.

Commande chorégraphique de Dominique Hervieu de la Maison de la danse de Lyon, du festival Afriktion en Allemagne et de l’Institut français du Tchad.